Education alimentaire : encourager à prendre plaisir

Autrefois, forcer sa progéniture à finir son assiette de légumes faisait partie des grands principes éducatifs. Aujourd’hui, on sait que pour rendre un enfant accro aux carottes, il est préférable de lui donner envie d’en manger plutôt que de l’y contraindre. Mais faut-il pour autant laisser les bambins décider du menu ? Comment faire pour éviter les écueils de l’éducation autoritaire sans pour autant basculer dans l’ultra-permissivité ? Lucie Rémy, diététicienne chez Interfel/Les fruits et légumes frais, et Eric Birlouez, sociologue de l’alimentation, nous livrent leurs conseils.

L’ÉDUCATION AUTORITAIRE : À BANNIR DE LA CUISINE

Forcer, c’est dépassé…
Forcer un enfant à manger des épinards, le punir parce qu’il ne veut pas finir son gratin de courgettes, c’est passé de mode… Et surtout cela ne donne en aucun cas envie à un enfant de manger plus de légumes, bien au contraire. Un constat partagé par Lucie Rémy : « Cela peut vraiment créer des blocages et par conséquent générer ou renforcer la néophobie alimentaire*. Pour inciter leurs enfants à finir leur assiette, certains parents ont également tendance à dire : « si tu n’as plus faim pour tes carottes, tu n’as donc plus faim pour ton dessert ». Or, tout comme les adultes, les enfants peuvent se sentir rassasiés en légumes et souhaiter néanmoins un morceau de fromage ou un dessert pour finir le repas. »
Et le chantage, c’est d’un autre âge
Quant au chantage du type « si tu ne finis pas tes haricots, tu n’iras pas au manège » ou « si tu manges toutes tes endives, tu auras droit à ta crème au chocolat », c’est tout simplement contreproductif. « Le chantage, les menaces ou la promesse d’une récompense contribuent à stigmatiser les fruits et légumes. Sur le coup, les enfants acceptent de les manger, mais à long terme ils risquent de s’en détourner », explique Lucie Rémy.

L’ÉDUCATION PERMISSIVE : À EXCLURE DE TABLE

Quand l’enfant décide du menu…
Parce qu’ils ont été traumatisés enfants par ce fonctionnement autoritaire, parce que les méthodes éducatives ont par ailleurs évolué ces 40 dernières années, certains parents tendent à laisser leurs petits manger ce que bon leur semble ou à se plier à leurs préférences alimentaires. « Beaucoup d’adultes avec lesquels j’ai échangé gardent en mémoire l’ambiance désagréable qui régnait pendant les repas lorsqu’ils étaient enfants. Soucieux de ne pas reproduire à table ce climat pesant, ils n’osent plus contrarier leurs enfants, ni les inciter à goûter de nouveaux aliments », précise Eric Birlouez.
Les fruits et légumes peuvent en être exclus !
Or, permettre à un enfant de ne manger que ce qu’il aime, lui préparer uniquement ce qu’il préfère peut conduire, tout autant que la contrainte, à la néophobie alimentaire, l’enfant étant très peu exposé à de nouveaux aliments. « Les enfants ont une appétence naturelle pour tout ce qui est gras et sucré et tendent spontanément à rejeter la saveur amère. S’ils n’y sont pas encouragés, ils ne mangeront donc pas d’eux-mêmes certains fruits ou légumes », souligne Eric Birlouez.

VERS UNE ÉDUCATION ALIMENTAIRE POSITIVE, BIENVEILLANTE ET RESPECTUEUSE

Appliquer des règles avec souplesse et bienveillance
Pour qu’un enfant apprécie les fruits et légumes frais, il est donc nécessaire de participer activement à son éducation alimentaire de façon positive, souple, bienveillante et respectueuse. Une méthode éducative défendue par Eric Birlouez : « La troisième voie de l’éducation alimentaire, c’est d’appliquer des règles avec décontraction, en insistant notamment pour que l’enfant goûte à tout ce qui lui est proposé, sans le forcer ou l’humilier. Il est en effet impératif de respecter les sensations de l’enfant. »
Patience et longueur de temps…
Il est important par ailleurs de savoir faire preuve de patience et de persévérance, ce qu’explique Lucie Rémy : « De nombreuses études montrent qu’il faut présenter jusqu’à 10 fois le même fruit ou légume pour que l’enfant l’accepte et l’apprécie. Il ne faut donc pas renoncer dès le premier refus !».
Le plaisir avant toute chose !
Encourager les enfants à manger avec plaisir en éveillant leur curiosité et en stimulant tous leurs sens est également fondamental. « Chez l’enfant, c’est le plaisir sensoriel, et lui seul, qui détermine l’envie ou le refus de manger, ajoute Eric Birlouez. Inviter les enfants à mettre des mots sur leurs sensations est donc essentiel. Pour stimuler leurs sens, on peut aussi les emmener au marché, les associer à la préparation des repas, leur proposer différentes présentations et préparations d’un fruit ou d’un légume. Et aussi éveiller leur curiosité à travers la dimension culturelle et symbolique de l’aliment. Cette démarche demande aux parents une certaine implication, mais c’est vraiment payant ! ».

Photo : ©Shutterstock

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